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Cameroun : le Réseau Netwel démocratise l’information

Grâce aux téléphones cellulaires et à l’Internet, cette association de médias a permis aux rédactions d’optimiser l’information sur le double scrutin (législatives et municipales) du 22 juillet 2007.

Lundi 23 juillet 2007. Le ministre camerounais de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, convoque un point de presse. Il veut communiquer aux médias les tendances du dépouillement des votes des élections législatives et municipales du 22 juillet et les informer sur les incidents survenus lors du scrutin. Son propos captive l’attention au début, mais une douce clameur gagne la salle par la suite : « On croyait qu’il allait expliquer pourquoi ces incidents sont arrivés et donner l’appréciation du gouvernement sur les tendances », lance un journaliste, un peu déçu.

En fait, les rédactions ont reçu l’essentiel des nouvelles que le ministre est en train de lire, il y a maintenant quatre heures de temps déjà. « Vous savez, avec les portables, ça va vite, surtout quand c’est organisé en réseau de partage d’informations », avance un autre reporter. Ce dernier informe en même temps les administrateurs civils présents de l’existence d’un réseau facilitant l’accès des rédactions aux informations sur le scrutin dans le pays profond. Il s’agit du Réseau Médias pour les Elections, Netwel (Media Network for Elections, en anglais). « C’est une sorte de coopérative d’informations opérationnelle pendant les élections grâce aux technologies de l’information et de la communication, notamment le téléphone cellulaire, l’informatique et l’Internet », affirme Célestin Lingo, secrétaire général du Réseau et président de l’Union des journalistes du Cameroun (UJC).

Des SMS contre la falsification

Pour les élections couplées du 22 juillet 2007, 58 journalistes ont été mobilisés pour couvrir l’ensemble du territoire, à raison d’un reporter par département. Du point où le reporter se trouvait, il devait envoyer chaque jour au moins trois dépêches au point focal de Netwel à Yaoundé. Ces dépêches étaient des « textos » envoyés par téléphone cellulaire sous forme de SMS (Short message services). Dès réception, le point focal qui avait acquis un logiciel de traitement de SMS devait instamment mettre ces données à la disposition de toutes les rédactions nationales et de quelques institutions et personnalités, à travers le réseau internet. Ainsi, ces rédactions avaient, chaque jour, le point sur l’évolution, les incidents et les résultats des scrutins dans chaque département du pays.

Pour y arriver, chaque rédaction partenaire de Netwel avait préalablement désigné deux ou trois reporters pour suivre un séminaire préparatoire à la couverture des élections. Il y a eu deux ateliers, l’un à Yaoundé (partie francophone du pays) et l’autre à Bamenda dans la partie anglophone. Au cours de ces ateliers, la raison d’être des élections, les lois et les règlements y afférents, les techniques de fraudes, … et le fonctionnement de Netwel ont été clairement expliqués. Un entraînement spécial à la maîtrise du logiciel de texte du téléphone mobile a été faite en groupes pour chacun des trois opérateurs de téléphonie mobile au Cameroun (Orange, MTN et CAMTEL). A la fin du séminaire, un planning de déploiement a été établi sur la base des souhaits des médias. Chaque reporter devait passer trois jours sur le terrain (le 21, le 22 et le 23). Des crédits de téléphone ainsi que des frais d’hébergement, de transport et de nutrition leur ont été accordés.

Les journalistes et les hommes politiques apprécient l’initiative. « C’est ma première fois de travailler dans une telle chaîne, surtout avec le portable ; l’expérience acquise ici me permettra d’être opérationnel sur d’autres chantiers ailleurs », affirme Sébastien Chi El Vido, journaliste au quotidien Mutations. Pius N. Njawé, directeur du quotidien Le Messager, estime quant à lui que Netwel est d’un apport inestimable pour les entreprises de presse : « En 2002, notre budget de couverture des mêmes élections avoisinait 1 million de Fcfa ; pour cette fois on n’a dépensé que 500.000 Fcfa ; une aubaine, puisque nos caisses étaient presque vides », affirme-t-il. Pour Mme Ka Wala, femme politique à Douala, « on ne peut pas nier l’apport de Netwel pour un meilleur éclairage de l’opinion sur ce qui se passe à l’intérieur du pays dans les zones à accès difficile. Les SMS envoyés empêchent parfois de falsifier les résultats puisque tout le monde est déjà au courant. Mais il faut améliorer parce que l’information n’est pas encore complète. »

Un contrôle efficace des votes

Ce n’est pas la première fois que Netwel est expérimenté. Un premier déploiement avait été fait lors de l’élection présidentielle d’octobre 2004. Mais la prise en charge n’était pas complète. Le Réseau s’était limité, faute de moyens, à donner du crédit de téléphone à quelque 200 journalistes. En 2007, il a pu obtenir une aide financière de la Coopération canadienne à hauteur de 47.527 dollars, pour pouvoir financer la formation des reporters électoraux et leur déploiement à travers les 58 départements du Cameroun.

Lancé en juin 2003 par une dizaine d’organes de presse écrite et audiovisuelle indépendants, Netwel a pour objectif d’améliorer l’information électorale et de permettre aux médias, généralement démunis, de couvrir l’ensemble du territoire national, surtout à la période critique du scrutin. Le réseau permet en effet à tous les médias associés d’être partout sans forcément être représentés par leurs propres journalistes. Les informations diffusées, basées sur les faits et surtout des chiffres, donnent l’occasion aux citoyens de suivre et de contrôler le vote à travers le pays, pour rapidement détecter les risques d’erreur et prévenir les fraudes. Célestin Lingo explique que l’idée de la mise sur pied de Netwel est née d’un double constat : d’une part l’importance du fait électoral pour les Camerounais qui aspirent à la démocratie, et d’autre part le déficit d’information de terrain lors des scrutins parce que les médias nationaux n’ont pas les moyens de couvrir tous les sites électoraux du pays.

L’expérience de la couverture des législatives et municipales de juillet 2007 ne devrait pas cacher les difficultés du Réseau. En effet, bien qu’étant une association d’organes de presse qui mettent leurs journalistes au service de tous à travers Netwel, ces dernières ne paient pas leurs contributions dont le montant avait été fixé à 60.000 Fcfa. Ce qui fragilise le Réseau et le rend totalement dépendant des appuis extérieurs. Par ailleurs, les reporters sont souvent face au déficit du réseau téléphonique dans les zones enclavées. Leurs SMS parviennent tardivement au point focal du Réseau. Mais Célestin Lingo reste optimiste : « On va améliorer aux prochaines occasions », déclarait-il au Messager à l’issue du dernier scrutin.

Source : Alexandre T. DJIMELI

Article produit à l’occasion du Prix IPAO "Sociétés de l’Information 2008"


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