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Dénoncer les conflits

Face au désintérêt des médias traditionnels, des organisations internationales des droits de l’homme se servent d’Internet pour qu’on n’oublie pas le conflit du Darfour.

« Lorsque l’avion est venu, j’étais enceinte de cinq mois. J’ai perdu mon bébé à cause du bombardement. Lorsque l’avion a largué sa bombe, j’étais hors de la maison et j’ai vu mon mari à l’intérieur. J’ai couru jusque là. La fumée de la bombe m’a fait tousser, puis j’ai perdu du sang, puis mon bébé. J’ai mal partout et mon ventre reste gros bien que j’aie perdu le bébé. »

Nura Rahma Abdu vient du village de Kornoy dans le nord du Darfour. Réfugiée dans un camp tchadien où elle a retrouvé une relative sécurité, elle raconte son histoire à un délégué d’Amnesty International. Son témoignage choquant est l’un des nombreux recueillis par United States Holocaust Memorial Museum (USHMM) dans le cadre de son projet Crisis in Darfur, visibles sur l’application d’images satellite Google Earth (GE). Outre les témoignages de ceux qui ont fui leurs villages à cause de la violence au Darfour, on y trouve des photos et des vidéos en provenance de diverses sources ainsi que des liens vers des sites d’organisations humanitaires présentes dans la région. Pour visualiser ces informations, les utilisateurs doivent d’abord télécharger un fichier du site d’USHMM. Une fois ouvert en GE, ce fichier montre des images satellite du Darfour indiquant le lieu exact des villages endommagés et détruits. D’autres symboles indiquent les emplacements des villes, centres administratifs, camps de réfugiés et de populations déplacées.

En s’associant à Google Earth, USHMM espère donner à ceux qui vivent tranquillement chez eux, loin du danger, une idée des destructions provoquées par un conflit qui, d’après John Holmes, responsable des affaires humanitaires des Nations unies, a entraîné la mort de 300 000 personnes (d’après les estimations) et a fait perdre leur maison et leurs moyens d’existence à deux millions de personnes supplémentaires.

UHSMM nous invite à « porter témoignage des menaces de génocide qui existent de par le monde ». « En matière de réaction aux génocides, le monde a de bien piètres antécédents », déclare Sara J. Bloomfield, directrice de l’USHMM. « Grâce à cette importante initiative conjointe avec Google, nous espérons que le monde aura bien plus de mal à ignorer ceux qui ont le plus besoin d’aide. »

Vigilance

Amnesty International mène une campagne analogue, également à partir d’images satellite. Eyes on Darfur surveille 12 villages qui risquent de se faire attaquer par les milices (Janjawids) et les forces gouvernementales soudanaises. Certains d’entre eux se trouvent sur la route de migration traditionnelle des paysans nomades de cette zone. D’après les informations fournies sur le site Eyes on Darfur, tout le monde, Arabes et non Arabes, se partageait les pâturages du nord du Darfour. Mais aujourd’hui, en raison du conflit, les paysans arabes ne peuvent plus traverser ces terres en toute sécurité.

Les pâturages du village de Malam al Hosh sont particulièrement réputés. Tous les paysans de la région y emmènent leurs troupeaux au mois de février et y restent jusqu’à six mois durant la saison sèche. Si des Janjawids venaient à prendre le contrôle armé de Malam al Hosh, ils pourraient y amener leur propre bétail et restreindre l’accès aux sources et aux pâturages. Ils priveraient les communautés environnantes et leur bétail de sources d’eau et de nourriture indispensables et affaibliraient le soutien aux forces d’opposition locales.

Amnesty a commandé des photos satellite haute résolution de ces villages. Il les analyse régulièrement avec des experts afin de repérer tout signe de destruction par les milices ou les forces gouvernementales. Quiconque visite ce site peut également visualiser les photos, voir les images satellite prouvant les destructions précédentes et lire des rapports sur chacun des 12 villages. « Nous utilisons les images satellite pour dire au président [soudanais] al-Bashir que nous surveillons de près et dénoncerons toute nouvelle violation », déclare Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International. « Nous voulons mettre la pression sur le gouvernement soudanais pour permettre le déploiement des forces de maintien de la paix et ainsi améliorer le sort des civils vulnérables du Darfour. »

Un jeu sérieux

Alors que les campagnes d’Amnesty et de l’USHMM présentent la dure réalité du conflit du Darfour, mtvU, un site et une chaîne de télé destinés à des étudiants des universités américaines, tente de montrer à quoi ressemble la vie dans un camp de populations déplacées au travers d’un jeu en ligne baptisé Darfur is Dying. Les joueurs ont le choix entre huit personnages – deux adultes et six enfants – pour s’aventurer dans un Darfour virtuel. Au début du jeu, le personnage doit aller chercher de l’eau dans un puits situé en dehors du camp. En route, il risque de croiser les milices armées janjawis.

Si le personnage est capturé par les Janjawis, le message suivant s’affiche : « VOUS AVEZ ÉTÉ CAPTURÉ PAR LA MILICE – vous allez probablement rejoindre les centaines de milliers de personnes disparues dans cette crise humanitaire... les garçons sont souvent battus et parfois tués lorsqu’ils sont pris par les Janjawis ». Le joueur « qui ne risque rien de là où il est » se voit offrir la possibilité de rejouer et de choisir un autre personnage pour aller chercher l’eau. Celui qui vit au Soudan, poursuit le message, n’a pas cette seconde chance.

Les personnages filles, bien que moins rapides que les garçons, peuvent rapporter plus d’eau au camp. Mais si elles sont prises, le joueur voit s’afficher un message disant que « Les filles sont battues, violées et enlevées par les Janjawis. » Le joueur peut aussi choisir le personnage de Sittina, une femme adulte, qui se rend au puits avec un seau jaune vif sur la tête. La femme, explique le jeu, va souvent chercher l’eau car elle peut en transporter plus que les enfants, mais elle est lente et court davantage le risque d’être battue et violée si elle est capturée par les miliciens. Le but du jeu est de choisir un personnage qui peut aller chercher l’eau au puits et revenir sain et sauf au camp.

Le jeu tente de montrer les dangers et les choix que les réfugiés doivent faire au quotidien pour survivre dans les camps. Ils n’ont pas seulement besoin d’eau pour boire, mais aussi pour irriguer les potagers et fabriquer des briques afin de réparer les habitations que les miliciens détruisent lors de leurs attaques. Une fois l’eau épuisée, le réfugié doit retourner en chercher au puits situé dans le désert.

Ces projets, comme tant d’autres programmes radios, blogues et autres témoignages audio et vidéo utilisent les TIC pour mener campagne contre la violence au Darfour. Ils essaient de toucher divers auditoires, de l’étudiant au militant des droits de l’homme, du décideur politique aux membres de la communauté internationale, pour que l’on n’oublie pas cette violence et pour que l’on s’emploie à trouver rapidement une solution. Mais au bout de cinq années de combats, ce conflit qui gangrène une partie du Soudan n’est sans doute pas près de s’arrêter. Faut-il en conclure que tous les efforts déployés en faveur de la paix ont été vains ? Seule la population du Darfour pourrait sans doute répondre à cette question.

Source : ICT Update / CTA

Date de publication : 6 juin 2008


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