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Les TIC comme gage d’élections transparentes et apaisées en AfriqueL’Afrique a-t-elle les moyens et la volonté de s’offrir des élections transparentes, assistées des technologies nouvelles ?Les événements consécutifs à la dernière élection présidentielle au Kenya sont venus raviver dans les mémoires d’autres, similaires, qui se sont fait observer dans d’autres pays, dans un passé encore récent et avec plus ou moins de gravité. Les élections ayant porté Faure Gnassingbé au pouvoir au Togo, celles qui ont installé Yar Adoua au sommet de l’Etat nigérian sont – de l’avis d’observateurs avertis- au bas mot peu conformes à l’orthodoxie démocratiques. Au Kenya le président de la commission électorale a pu laisser entendre qu’il était incapable de dire qui, de Raïla Ondiga et de Mwaï Kibaki, a gagné l’élection. Comble d’absurdité ! S’il ne le sait pas, qui donc peut le savoir ? Quoique pour le moins renversant, l’aveu de ce président de commission, sonne comme plus « acceptable » que l’attitude d’autres personnes chargées de la même mission que lui, sous d’autres cieux, et qui n’hésitent pas à publier des résultats contraires à ceux sortis des urnes. Des événements de ce genre, on en a tellement enregistré en Afrique qu’à un moment donné, on s’est mis à douter qu’il puisse y avoir d’élections fiables sur le continent. Ceux, qui ont pensé que l’inscription dans les constitutions du principe de dévolution du pouvoir par voie électorale suffirait pour que s’installe la démocratie, en sont venus à déchanter très tôt. ripatouillage, mascarade et autres méthodes anti-démocratiques ont eu raison de leurs espoirs. Pourtant l’on a cru avoir découvert le sésame pouvant permettre de sortir de l’ « afro pessimisme électoral » en 2000 avec l’alternance intervenue au Sénégal. Aboudoulaye Wade venait de l’emporter sur Abdou Diouf. Et plus d’un a convenu que l’introduction des Technologie nouvelles de l’information et de la communication et la grande implication des médias dans le processus ont été les deux facteurs ayant permis de sauvegarder les résultats effectivement sortis des urnes. Du coup l’on est venu à la conclusion que les Tics sont la voie royale vers des élections crédibles. Aujourd’hui les raisons pour croire cela ne manque pas. Au Togo entre l’organisation de la présidentielle chaotique qui a porté Faure Gnassingbé au pouvoir et celle des législatives de l’an dernier, l’élément nouveau a été l’utilisation massive -fichier électoral informatisé, données biométriques- dans le second cas. Les résultats sont là : avis favorable des observateurs nationaux et internationaux, satisfaction des populations, très peu de contestation de la part des forces politiques, relance du processus démocratiques. La RDC a eu aussi récemment son élection à grand renfort de Tics et avec des résultats assez satisfaisants. Au Bénin le projet de la Liste Electorale Permanente Informatisée (Lépi) fait son petit bonhomme de chemin. Une fois adoptée, cette liste fera, à coup sûr, faire des bonds de géant à l’organisation des scrutins dans le pays. L’Afrique a-t-elle les moyens de s’offrir des élections assistées des technologies nouvelles ?Sous d’autres cieux, en Occident notamment- hormis des situations isolées et épisodiques comme la retentissante cacophonie liée au décompte des voix en Floride pour départager, en 2000, Georges Bush et Al Gore- les tribulations électorales « tropicales » ne s’observent aucunement. Pas seulement parce que là, l’on a atteint un certain niveau de maturité démocratique mais aussi et surtout parce que l’on a su se doter d’une technologie électorale ultra moderne : fichier électoral informatisé avec des données biométriques, vote électronique, décompte électronique, … Dans ces conditions, que contester et quelle crise ne peut-on pas éviter ? Si les Tics ont pu produire des miracles ailleurs, pourquoi pas en Afrique ? Ici il se pose sans doute -au-delà de la mauvaise foi de certains dirigeants allergiques à la transparence- un problème de niveau de développement général. Les Tics ont un coût. L’emploi généralisé des technologies nouvelles dans des élections nationales suppose : le développement de la téléphonie et la disponibilité de l’énergie électrique sur l’ensemble du territoire du pays, l’acquisition en quantité suffisante des matériels de communications adéquats – micro-ordinateurs et accessoires, appareils téléphoniques, …. Et après avoir réuni les moyens matériels et techniques pour introduire les Tics dans les élections africaines, il faut aussi penser à former en conséquence les personnes chargées de manipuler ces technologies. Le tout n’est donc pas de disposer de moyens matériels ; il faut aussi des ressources humaines. L’on se souvient qu’en 2001 une malencontreuse erreur de manipulation d’ordinateur a failli remettre en cause tout le processus électoral qui devait désigner le président de la République du Bénin. Cette erreur a perturbé tout le système au point d’attribuer des scores non conformes aux candidats. Cela a provoqué un branle bas général avec de sérieuses levées de bouclier. La sérénité n’était revenue qu’une fois l’erreur corrigée. Mais Dieu sait que le pis a été frôlé. Tout compte fait l’utilisation des Tics dans les élections nécessite beaucoup de moyens. Aujourd’hui l’Afrique est-t-elle capable de se les offrir ? Pas sûr. Aussi a-t-elle besoin de l’aide des Etats développés pour parfaire son système électoral. Cette aide est d’autant plus nécessaire que ces Etats ont, en la matière, une expertise certaine. Et il serait plus aisé pour eux de partager leur technologie que de devoir éteindre des foyers de tension, gérer des camps de réfugiés, arbitrer des pourparlers de sortie de crise. Seulement même quand les moyens seraient disponibles, ils ne constitueraient pas en eux-mêmes une panacée. Encore faudra-t-il que leur utilisation soit entourée de garantie suffisante. Car les Tics, en définitive sont des auberges espagnoles. L’on n’y retrouve que ce qu’on y a mis. Si l’on y introduit des données truquées, l’on n’obtiendra que des résultats truqués. L’indignation des opposants sénégalais consécutivement à la dernière présidentielle qu’a connu le pays illustre fort bien la chose. Ils étaient tous interloqués de constater que leur challenger, le président Wade ait gagné dès le premier tour. Un scénario que peu d’observateurs de la vie politique sénégalaise étaient à mille lieues d’imaginer. Pourtant les Tics ont été abondamment utilisés dans ces élections. L’on disposait d’un fichier électoral informatisé. En définitive il a été reproché à ces opposants d’avoir manqué de vigilance au moment de la confection de cette liste. C’est dire qu’en plus des moyens financier, technologique, matériel et humain il faut une dose acceptable de bonne foi de la part des uns et des autres. Et s’il est vrai que la bonne foi est la chose la plus rare en politique ; alors il n’y a plus qu’à recommander la vigilance de la part des uns et des autres. Cela est d’autant plus important que si la tendance à truquer les données électroniques se développait il ne sera presque plus possible d’assurer la transparence des scrutins. Dans ces conditions l’on se retrouverait dans le schéma : fraudes, contestations, manifestations, représailles, déplacés, réfugiés,…Et du coup c’est l’utilité des Tics dans l’organisation des élections qui serait remise en cause. Ce serait donc peine perdue. C’est pourquoi il ne serait pas acceptable que l’on introduise les Tics dans l’organisation des élections de façon unilatérale et fantaisiste. Cette opération est en elle-même tout un autre processus auquel tous les acteurs politiques de chaque pays doivent participer. Auteur : Romaric Lucien BADOUSSI Article produit à l’occasion de l’Edition 2008 du Prix IPAO "Sociétés de l’Information" Articles les plus récents : | ||
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