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Les TIC peinent à se faire accepter

Le Bénin n’a pu, à ce jour, véritablement tirer profit des Technologies de l’Information et de la communication pour améliorer son système électoral, malgré les innombrables opportunités qu’elles offrent en terme de célérité et de transparence d’un scrutin.

Depuis quelques années, les Technologies de l’Information et de la Communication sont devenues des pièces centrales au cœur de toutes les actions de développement et beaucoup plus implicitement dans la gouvernance et la gestion transparente des affaires. Le processus électoral du Bénin n’est pas resté en marge de cette révolution numérique qui a depuis lors imprimé une nouvelle dynamique à l’organisation réussie des élections.

Dire que les élections avaient été exemptes des TIC n’est certainement justifié mais elle est plus ou moins réduite à l’utilisation des applications élémentaires de l’informatique comme la saisie des résultats issus des bureaux de vote, leur mise en forme sous forme de tableau eu vue de la publication.

Mais le tournant politique majeur qu’a connu le Bénin au début des années 90, avec l’instauration d’un régime démocratique a créé des habitudes nouvelles telles que le renouvellement des institutions démocratiques sur la base d’élections régulières. Malgré le fait que leur organisation ait été retiré au ministère de l’intérieur et confiée à une Commission Electorale Nationale Autonome (CENA), les contestations des différents protagonistes et la lenteur dans la proclamation des résultats laissent toujours de sérieuses traces d’imperfections sur les processus électoraux au Bénin. A titre d’exemple, l’écart entre les statistiques de l’Institut National de Statistique et de l’Analyse Economique (INSAE) et celles officielles et définitives communiquées par le Haut Conseil la République (HCR) à l’issue des élections référendaires de 1990 a révélé les difficultés qu’il y avait d’assurer la transparence des scrutins. En effet, au moment où l’INSAE avaient enregistré 2 056 353 de personnes inscrites sur les listes électorales et compté 1 268 650 de suffrages exprimés, les mêmes chiffres publiés par le HCR, structure en charge de la proclamation des résultats, sont respectivement 2 052 105 et 1 264 641. De même au cours des élections présidentielles de 1996, l’INSAE et la cour constitutionnelle n’ont pu s’entendre sur les chiffres quant aux résultats du second tour du scrutin entre les candidats Mathieu Kérékou et Nicéphore Soglo. Pour l’INSAE, 45,96% des électeurs ont accordé leur suffrage au candidat Soglo et 54,04% d’entre eux ont voté pour Kérékou ; alors que selon la cour constitutionnelle, les suffrages exprimés sont respectivement dans les proportions de 47,51% et 52,49%. .

Tirant leçon des expériences antérieures, les autorités ont pris l’option au cours des élections législatives de 1999, de faire une place considérable aux Technologiques de l’Information et de la Communication dans le processus électoral avec l’installation d’une cellule statistique à la CENA et dont le rôle a été déterminant dans la célérité des opérations. Grâce à la maîtrise de logiciels appropriés, cette unité qui sera baptisée ‘cellule informatique’ va réussir en un temps record à mettre au point les listes électorales, les bureaux de vote, le nombre d’inscrits par bureau de vote, le poste et le lieu du vote, le code et le libellé du bureau de vote etc…

Selon l’un des agents de la cellule informatique, les TIC interviennent en amont du processus électoral. L’ordinateur est utilisé pour la saisie des résultats issus du dépouillement, l’apurement des listes électorales et des résultats issus des bureaux de vote. Les logiciels utilisés selon les techniciens sont des applications de dernière génération comme le W langage de Windev 10. Mieux grâce au développement de la téléphonie mobile, la coordination des opérations avec les structures décentralisées s’est elle considérablement améliorée. Les logiciels utilisés sont réalisés sur demande des agents de la cellule informatique dans un souci de célérité et de correction de imperfections enregistrées lors des précédents scrutins.

Les impacts de cette alliance avec les Technologies de l’Information et de la Communication sont perceptibles en terme d’une grande fiabilité des résultats publiés par rapport à ceux publiés à la suite des scrutins antérieurs. Seulement, les améliorations du processus électoral grâce aux TIC restent insuffisantes.

L’erreur de 2006

Malgré les technologies actualisées dont disposaient la CENA dans le traitement des résultats du scrutin une erreur « technique » a failli éclabousser le processus électoral au cours du scrutin présidentiel de 2006. En effet, au cours de la saisie des résultats issus des bureaux de vote, l’un des agents a attribué 18000 voix à un candidat dans une circonscription électorale alors que ce dernier n’y avait recueilli que 18. Cette erreur qui selon les agents de la cellule informatique est due à la forte pression et au stress, révèle toutefois les défaillances techniques de ladite cellule, marquée ici par l’absence d’un système de sécurité et d’alerte qui pourrait prévenir l’agent de telles situations. Les débats politiques incroyables et les tensions sociales générées par cette erreur ont néanmoins prouvé la nécessité de doter la cellule informatique d’un système technique performant pour le traitement efficace et en un temps record des résultats.

Pour pallier ce problème, informe Baloubi Walid, technicien à la cellule informatique : « nous avons, désormais conçu un logiciel doté d’un système d’alerte qui avertit l’opérateur de saisie chaque fois que ce dernier saisit un nombre de suffrages exprimés supérieur au nombre d’inscrits dans un bureau de vote » . Ce logiciel, selon lui, n’est certainement pas performant à 100%, mais il permettra de limiter les dégâts.

Peut mieux faire

« Le traitement des résultats des élections dure aujourd’hui 4 à 6 jours, voire même 8 jours à cause de problèmes organisationnels, ce qui n’est plus admissible aujourd’hui avec le développement des TIC » : ces propos d’un agent de la cellule informatique pose le diagnostic de l’une des plus graves maladies de l’organe chargée de la gestion des élections au Bénin, maladie qui se résume à la lenteur de la proclamation des résultats. Selon lui, cette lenteur est essentiellement due à la forte centralisation des opérations de traitements de résultats à la CENA. « Or », informe t-il « il s’agit d’installer des cellules informatiques au niveau de chaque communes et leur confier les taches préliminaires que sont : saisie des résultats issus des bureaux de vote et envoyer la substance au niveau de la CENA pour l’apurement des résultats et autres travaux de vérification ». En effet, il faut au maximum deux heures aux structures décentralisées de la CENA pour faire le traitement des 1724 bureaux de vote que compte la commune de Cotonou qui, d’ailleurs comporte le plus grand nombre de bureaux de vote.

Aussi, L’acheminement des résultats par voies terrestres (avec des routes souvent en très mauvais état) vers les structures décentralisées (local, départemental….) et vers la CENA au lieu de mettre à profit les technologies performantes de transmission des résultats comme les VSAT constitue un obstacle majeur. A défaut, de ces technologies qui pourraient se révéler coûteuses, Les agents de la cellule informatique pensent que même avec l’envoi des résultats par fax, on pourrait réussir avec une certaine célérité à proclamer les résultats dans un délai raisonnable de 3 jours au plus tard après la fermeture du dernier bureau de vote.

La LEPI, voie du salut

Les cacophonies électorales observées jusqu’ici entre les institutions chargé de l’organisation des élections et de proclamation des résultats sont les conséquences de l’absence d’une Liste Electorale Permanente Informatisée (LEPI). « Avec la LEPI, tous nos problèmes seront réglés ! » s’est exclamé un observateur averti du processus électoral au Bénin depuis plus d’une décennie. Grâce à la liste électorale, on est en droit de parler de fiabilité et de transparence des élections puisque les marges réservées à d’éventuelles fraudes sont infiniment petites. L’apurement de la liste électorale à la veille de chaque scrutin devient plus facile », renseigne M Walid de la cellule informatique à la CENA. Selon lui, les inscriptions d’électeurs fictifs ou même décédés qui constituent les moyens de fraude les plus utilisés seront maîtrisés dans leur quasi-totalité. La LEPI constitue une étape déterminante dans la création d’une base de données biométriques pour la modernisation du fichier général des électeurs. Mieux chaque citoyen majeur pourra disposer d’une carte d’électeur biométrique comportant sa photo et son empreinte digitale qui sont des références infalsifiables. Une carte biométrique qui a été expérimentée avec succès lors des élections législatives de juin 2007 au Togo.

« Le blocage du processus d’établissement de la LEPI au Bénin est une manœuvre politicienne qui vise à perpétuer la fraude électorale d’un scrutin à un autre », accuse Sulpice Gbehoundé, socio- anthropologue, membre de l’ONG Afrique Equité qui œuvre pour la promotion des droits de l’homme et de la bonne gouvernance au Bénin. Et pour lui, la solution à ce blocage est sans équivoque la volonté politique.

Source : Gérard Guèdègbé

Article produit à l’occasion de l’Edition 2008 du Prix IPAO "Sociétés de l’Information"


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