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Une fenêtre sur le mondeAu nord de l’Ouganda, la guerre a drainé des milliers de personnes vers les camps de déplacés. Après moult tâtonnements, BOSCO Uganda a installé un système de téléphonie et d’accès Internet à bas coût dans sept camps, pour que chacun puisse raconter son histoire.Lorsqu’un vieil ami, Gus Zuehlke, m’a pour la première fois parlé d’un conflit dans le nord de l’Ouganda, j’avoue ne lui avoir guère prêté attention. Je ne parvenais pas à établir de lien avec ma culture générale ou l’actualité que je dévore. Les rebelles de la LRA (Lord’s Resistance Army) menaient un classique combat d’insurgés échappant à toute solution militaire. La population locale, les Acholi, vivait dans des camps installés par le gouvernement, surtout pour éviter à leurs enfants les razzias de recrutement nocturnes de la LRA. Mais leur vie était spartiate, ne pouvant compter que sur le gîte et le couvert offert par l’ONU et d’autres organisations. Au printemps 2006, alors qu’il se trouve en Ouganda et contre l’avis d’hôtes inquiets pour sa sécurité, Gus se rend dans la ville septentrionale de Gulu et dans le camp de « personnes déplacées à l’intérieur de leur pays » de Pagak, au cœur du territoire en guerre. Là, les aînés du camp lui disent qu’ils aimeraient informer le reste du monde de leur sort, mais qu’ils ne disposent d’aucun moyen de communication avec les journalistes ougandais ou étrangers. Ému par leur courage et leur enthousiasme, Gus se met à parler de leur situation dès son retour aux États-Unis. L’enthousiasme étant contagieux, plusieurs personnes se proposent de l’aider. Ayant moi-même déjà travaillé avec Gus précédemment, je me lance dans l’aventure lorsqu’il me demande si des téléphones satellite permettraient de sortir les Acholi de leur isolement. J’étudie la question pour m’apercevoir rapidement que le coût d’un tel système serait prohibitif. Il faut une solution plus abordable et qui fonctionne dans des conditions locales difficiles. Très vite, j’envisage et je conçois un projet qui permettra de relier la population des camps au reste du monde. L’accord de cessez-le-feu conclu en juillet 2006 nous donne l’occasion d’installer un système, mais dans l’urgence au cas où les hostilités reprendraient. Idées Dans le nord de l’Ouganda, la téléphonie cellulaire na rien de constant, de fiable ni de bon marché. Les populations du nord ne peuvent même pas se payer un appel intérieur longue distance. Le recours au portable n’est donc pas une solution. J’envisage alors le déploiement de ballons gonflables, équipés de routeurs Wi-Fi, pour fournir un accès à Internet et à la mobilophonie. Arrivés à une certaine altitude, ces ballons larguent leurs équipements qui « flottent » jusqu’au sol, accrochés à leur parachute. C’est un système qui a été utilisé avec succès au Dakota du Nord et du Sud (USA). Les accidents de terrain, les conflits en cours, les risques pour la faune et la flore ainsi que la rudesse du climat rendent toutefois la récupération du matériel beaucoup trop ardue, dangereuse et coûteuse, donc impraticable. Nous envisageons un moment le recours à des générateurs et à des laptops en plastique à bas coût, mais ils sont indisponibles ou trop chers. Au bout d’un certain temps, nous nous disons que la meilleure solution serait d’installer un bon vieux réseau local Wi-Fi (WLAN), qu’il faudrait néanmoins adapter à un réseau électrique ougandais peu fiable et souvent en rade. Une fois encore, le coût d’adaptation du WLAN s’avère prohibitif. Au final, nous déterminons les cinq éléments qui devront faire partie de toute solution pour qu’elle en vaille la peine :
Le dernier point nous paraît le plus crucial. Sans reconnaissance internationale du problème, aucune solution ne profiterait vraiment aux populations victimes de la guerre. Durabilité Nous avons finalement baptisé notre projet BOSCO (Battery Operated Systems for Community Outreach). En mars 2007, nous avons envoyé une équipe dans le nord de l’Ouganda pour installer un service Internet dans les camps. Cette équipe se composait de Gus, de Kerry Vickers, un consultant technique, de moi-même et de techniciens d’Inveneo, une organisation spécialisée dans la fourniture d’équipements de communication dans les zones rurales des pays en développement, et qui avait déjà travaillé dans les campagnes ougandaises. Ensemble, nous avons monté un réseau local constitué d’équipements de réseau Wi-Fi longue portée, d’ordinateurs à ultra-basse consommation et d’un système de téléphonie VoIP (Voice over Internet Protocol). Ce réseau est alimenté par des panneaux solaires qui chargent un ensemble de batteries. Il faut en effet une source d’alimentation alternative vu le manque de fiabilité du réseau électrique local. Nous nous sommes servis des infrastructures installées par l’Église dans chaque camp ; elle y dispose en effet de bâtiments et de bureaux qui offraient à nos équipements la sécurité nécessaire. Deux bureaux archidiocésains de la ville de Gulu sont connectés à Internet par satellite et, de là, les émetteurs Wi-Fi long distance relayent le signal Internet vers sept camps, dont le plus éloigné se trouve à 70 kilomètres. Le système consomme très peu d’électricité (12 volts à peine) ce qui diminue considérablement le nombre de (coûteux) panneaux solaires nécessaires. Les sept camps ne sont que la phase pilote du projet : nous avons conçu le système de sorte à pouvoir l’étendre rapidement aux villages des Acholi, une fois ces derniers rentrés chez eux après la guerre. Les composants du réseau résistent à la chaleur, à l’humidité et à la poussière : ils fonctionnent dans des conditions extrêmes. Le système est facile d’emploi, tant pour les utilisateurs que pour ses gestionnaires qui sont novices en la matière. Cette simplicité permet à notre équipe, dirigée par nos administrateurs locaux Philipp Glaser et Stefan Bock, de desservir les camps plus efficacement et d’entrer immédiatement en communication avec les autres bureaux des camps et avec les bailleurs de fonds américains et européens. Elémentaire Le réseau est constitué d’une trentaine d’ordinateurs de bureau, installés dans les bâtiments ecclésiaux des camps de Pabbo, Pagak, Coope, Unyama, Lacor, Jen’Geri et sur notre site pivot de Gulu, dans les bureaux de l’organisation d’urgence Caritas. Nous fournissons par ailleurs une infrastructure de réseau et un accès Internet à de nombreux autres ordinateurs qui se trouvaient déjà dans la région, notamment ceux des bureaux de l’archevêché de Gulu. On ne trouve aucune application de loisirs sur ces ordinateurs. Pas moyen de visionner un DVD ou de jouer à un jeu en 3D. Mais ils ont des écrans couleurs, de la mémoire flash, peuvent exécuter l’application Microsoft Office et naviguer sur la toile via le lien à haut débit de Gulu. Ils ont une puissance de 6 à 8 watts : très peu comparé aux 100 watts que consomme un ordinateur moyen. Le service de téléphonie VoIP est configuré avec un préfixe zonal américain de sorte que les appels internationaux soient facturés au tarif US le plus bas. Les appels de site à site ougandais sont gratuits car transmis via un autre serveur et traités comme des appels internes. VoX Communications, la société de Floride qui fournit le VoIP, offre des tarifs réduits au titre de don. À la fois souple et extensible, ce réseau ne coûte presque rien grâce à ses équipements en 12 V continu qui font appel à la technologie PoE (Power over Ethernet). Cette technique alimente les équipements distants d’un réseau en puissance et en données via des câbles standard et bon marché. En d’autres termes, les routeurs, téléphones VoIP et même les ordinateurs n’ont pas besoin d’avoir leur propre alimentation, ce qui réduit la consommation électrique de l’ensemble du système et donc de ses principaux coûts de fonctionnement. Avec ce projet, nous pensons détenir un système de communication qui peut transformer la vie quotidienne dans des camps sans électricité et où les téléphones sont rares. Cette première phase du projet relie huit bureaux ecclésiaux, deux dispensaires et 17 écoles. Grâce à de nouveaux dons, nous procéderons au reste de l’installation en deux phases. Le système complet desservira environ 1 millions de personnes déplacées, dans une région couvrant à peu près un tiers du territoire ougandais. Cette zone s’étend bien au-delà des camps actuels, pour que la population puisse continuer de bénéficier des échanges de communications et d’informations à mesure que la paix s’étendra au nord du pays. Nous comptons étendre le projet aux 60 camps de personnes déplacées du nord de l’Ouganda en trois ans. Ces 60 camps (sur un total de 104 dans la région) retrouveront leur statut ancestral de villes ou de centres commerciaux une fois le conflit terminé et les populations habilitées à rentrer chez elles. Unique D’aucuns pourraient se dire : pourquoi fournir un accès à Internet alors que les populations des camps n’ont même pas de puits ? Gus Zuehlke vous répondrait qu’avec un accès à Internet, vous pouvez demander un puits. Il y a d’autres avantages évidents : les populations des camps disposent désormais d’un système qui fonctionnera en cas d’urgence et leur permettra de contacter les organisations humanitaires internationales et les médias pour les informer de leur situation critique. D’autres applications importantes contribueront à améliorer les conditions d’existence de ces populations. La lutte contre l’illettrisme par exemple. Notre équipe forme des adultes et des enfants ougandais à l’usage de l’informatique et d’Internet, leur apprennent à créer et à sauvegarder des documents et à dactylographier. Chaque semaine, nous organisons des cours dans toutes ces matières dans les camps et sur notre site pivot ; les écoles peuvent également se servir d’Internet pour épauler les étudiants dans leur apprentissage. Notre administrateur local, Philipp, a configuré un site web interne pour que les gens puissent apprendre à lire et à écrire, accéder à des logiciels de dactylographie, faire des recherches sur la toile et s’envoyer des messages. Nos efforts et le travail de longue haleine d’autres organisations présentes dans la région ont permis de réduire notablement l’illettrisme. Les paysans peuvent accéder à de meilleures techniques et méthodes agricoles et ainsi améliorer la taille, le rendement et la commercialisation de leurs cultures. Autrefois problématiques dans la région, la prévention et la sensibilisation au sida se sont améliorées avec l’accès aux informations et aux conseils médicaux les plus récents. Notre système permet aux camps de communiquer entre eux et aux divers hôpitaux ruraux de porter plus rapidement attention à leurs patients. Certaines personnes qui vivent dans les camps se servent d’ores et déjà de la technologie web 2.0. Plusieurs personnes du camp de Pagok ont élaboré des propositions détaillées pour faire financer des projets éducatifs et agricoles et les ont mises sur le wiki de BOSCO. Les répercussions positives ne s’arrêtent pas là. Les gens du nord étaient coupés de Kampala, centre administratif du pays, non seulement par la distance, mais aussi par le manque d’information. Pas de journaux disponibles. Aucun service téléphonique. Mais aujourd’hui, comme le dit le Père Joseph Okumo, lui-même Acholi et directeur du projet à Gulu, « BOSCO a rapproché les gens de leurs frères du sud, du gouvernement et du parlement. Il a rapproché les écoles entre elles, et nous tient au courant de ce qui se passe dans notre pays. » Le projet BOSCO est sur les rails. Nous avons d’ailleurs reçu plusieurs demandes de réplication du projet dans d’autres parties du monde. Ce système a fait ses preuves en Ouganda, dans la zone la plus reculée qui se puisse imaginer. S’il fonctionne là, il peut fonctionner pratiquement n’importe où. Le bouclage financier reste néanmoins problématique ; plusieurs fondations se disent intéressées, et plusieurs bailleurs nous promettent des fonds. Pour l’heure, nous faisons de notre mieux pour apporter une aide immédiate et efficace sur le terrain, encourager les gens des camps de déplacés à prendre la parole plutôt que d’attendre que d’autres défendent leur cause. Nous favorisons l’éducation et essayons d’attirer l’attention du monde sur l’urgence de la situation. Nous essayons d’apporter une aide, dans la mesure de nos moyens Aueut : Ted Pethik Source : Date de publication : 6 juin 2008 Articles les plus récents : | ||
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